Agir pour la biodiversité devient de plus en plus urgent. Le message sonne clair tant les scientifiques ne cessent de partager des informations de plus en plus inquiétantes dans leur rapport. Comment mobiliser les entreprises et les territoires à cet enjeu majeur ?

Global Risks Report 2019

Le World Economic Forum (Forum Economique Mondial – organisation internationale pour la coopération publique et privée) a publié mi-janvier la 14ème édition de son rapport des risques mondiaux, le Global Risks Report. Il place la biodiversité parmi les 10 risques mondiaux ayant les impacts les plus importants sur notre société.

Un mois plus tard, le 22 février dernier, la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, publiait à son tour son premier rapport mondial intitulé L’état de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde. Ce document souligne, entres autres, la réduction de la diversité végétale dans les champs des agriculteurs, l’augmentation du nombre de races d’élevage menacées de disparition et la hausse de la proportion de stocks de poissons surexploités.
Or, pour le directeur général de la FAO, Mr. José Graziano da Silva, “La perte de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture compromet sérieusement notre capacité à alimenter et à nourrir une population mondiale en croissance constante.”, rapporte ONU Info.

Les organisations internationales ne sont pas les seules à se pencher sur ces questions en 2019. Les scientifiques et les médias s’en emparent également et alertent sur la disparition de cette biodiversité : une étude scientifique australienne, qui sera publiée dans la revue Science Direct en avril, affirme qu’un tiers des espèces est en voie de disparition dans le monde. Or, 70% de nos cultures dépendent de leurs services de pollinisation. La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) partage des articles sur la contribution des forêts à l’atténuation des changements climatiques, et ce, alors même que la déforestation est un enjeu majeur encore d’actualité. Entre 2010 et 2015 “la forêt naturelle a connu une perte nette de 6,5 millions d’hectares par an”. La FRB publie également des données sur l’augmentation de la température des océans et sur la progression de la surpêche qui modifient les composantes des écosystèmes marins et se “traduit par une diminution de la biodiversité marine”.

Les publications et les alertes ne manquent plus, les acteurs sont donc d’accord, il faut agir maintenant. Mais pourquoi est-ce un sujet si urgent ?

Une biodiversité menacée,  nos modes de vie en danger.

Définition par le Millenium Ecosystem Assessment
Types de services écosystémiques

Nos systèmes économiques et nos modes de vie reposent sur les services que nous rendent la nature : respirer (les arbres absorbent du carbone et relâchent de l’oxygène), accéder à une eau potable (le cycle naturel de l’eau et la qualité de l’eau), élaborer des médicaments (l’aspirine, par exemple, a été élaboré à partir du saule blanc) ou encore offrir une alimentation variée (pollinisation, diversité génétique…).

Ces services, appelés services écologiques ou écosystémiques, ont été définis et évalués pour la première fois par le Millenium Ecosystem Assessment (MEA -évaluation des services écosystémiques) publié en 2005.

Le MEA définit quatre types de services :

  • services d’approvisionnement
  • services de régulation
  • services culturels
  • services de soutien

Nous sommes donc dépendants des services rendus par la nature, comme nous alertent des analyses françaises. Si le rapport publié par l’EFESE (Évaluation Française des Écosystèmes et des Services Écosystémiques) ne suffisait pas à nous convaincre de cette dépendance aux services écosystémiques, le Comité Français de l’UICN vient le renforcer. En effet, le Comité a réalisé plusieurs panoramas des services que nous fournissent les milieux naturels en France. Sont ainsi identifiés les services rendus par nos écosystèmes urbains, forestiers, montagnards, marins et côtiers, d’eau douce ou encore par nos agrosystèmes. Plus récemment, une liste rouge des écosystèmes en France relative aux forêts méditerranéennes françaises a été publiée. Elle évalue les menaces pesant sur la biodiversité à l’échelle des écosystèmes. 4 des 19 écosystèmes forestiers méditerranéens ont été évalués “Vulnérables” ou “En Danger”.

Que ce soit pour nous nourrir, pour respirer un air assez pur ou pour avoir accès à de l’eau potable, nous dépendons directement de la nature. C’est pourquoi, l’érosion de cette dernière et la disparition concrète de centaines d’espèces nous concernent et nous affectent directement.

Des leviers politiques à ne pas manquer

Les deux années à venir pourront marquer un véritable tournant si les objectifs et les actions qui découlent des prochains rassemblements internationaux sur la biodiversité sont suffisamment ambitieux et tout en restant atteignables.

La France hébergera et participera à plusieurs événements internationaux où d’importantes décisions seront prises quant à l’action des gouvernements pour préserver la biodiversité.

Saura-t-elle se montrer à la hauteur des enjeux ?

Chacun à son échelle

Les solutions existent, il faut maintenant mobiliser les différents acteurs et faire changer les mentalités. Prendre conscience de son impact et de sa dépendance aux services écosystémiques est un premier pas qui doit se faire à l’échelle personnelle d’une part, et professionnelle d’autre part.

Entreprises et collectivités peuvent analyser puis évaluer leur dépendance et leurs impacts sur la nature grâce à des outils qui leur permettent ensuite d’élaborer une stratégie et un plan d’action. Des méthodes innovantes (bioconception, biomimétisme…) se déploient également pour développer une économie plus respectueuse de l’environnement.

Les entreprises mettent en avant leur mobilisation et leur prise de conscience de ces enjeux de biodiversité via la signature de l’initiative Act4Nature et la publication d’engagements pour la biodiversité.

Les politiques publiques constituent un outil majeur pour les collectivités, pour préserver la biodiversité et les services écosystémiques. La biodiversité peut être l’enjeu cible d’une politique comme la Trame Verte et Bleue et les schémas régionaux de cohérence écologique. Elle peut aussi se retrouver au coeur de programme plus vaste tels les PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial) ou les SRADDET (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires).

Les prochains rassemblements internationaux sur la biodiversité seront décisifs sur les plans d’actions à mettre en œuvre pour préserver notre planète. Chacun doit désormais s’engager, face à une urgence qui n’est plus à prouver.

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