1. Introduction de Serge Bardy (député du Maine et Loire)

Avant d’être député, il a travaillé dans une entreprise pendant 35 ans et connait le monde industriel.  Il déplore le fait que ce ne soit pas le cas de tous les élus. Il comprend très vite la nécessité d’effectuer une transition dans le modèle économique et de créer un pôle énergies renouvelables dans la société dont il été salarié.

Il a récemment écrit un rapport interministériel sur l’économie circulaire dans la filière papier, qui est en difficulté en France (rapport disponible en ligne). Pour lui, la circularité des ressources permet de réduire les quantités de déchets incinérés ou enfouis, de créer des emplois locaux et de favoriser une économie sociale et solidaire.

2. Emmanuel Katrakis, Secrétaire général de Euric (European Recycling Industry Confederation), représentant de la Commission  européenne à Bruxelles

Il reprend les différentes dates au cours desquelles la commission européenne a abordé le sujet de l’économie circulaire.

2013 : Programme d’Action d’Environnement à l’horizon 2020 qui aborde l’économie circulaire et l’éco-conception

2014 : 1er paquet « Economie circulaire » proposé par la commission Barroso 2 (en fin de mandat) mais écarté par la commission Juncker, qui ne réalise pas les enjeux économiques derrière ce projet.

2015 : Discours du commissaire européen en charge de l’environnement, qui promet une future législation sur le traitement des déchets en Europe et une meilleure traçabilité des matières recyclées.

De plus, un deuxième paquet « Economie circulaire » devrait être révélé par la commission  avant la fin de l’année (décembre 2015).

3. Antoine Frérot, PDG de Veolia

Il explique que l’économie circulaire a des enjeux économiques et sociaux en plus des enjeux environnementaux. Elle ne  concerne pas que le recyclage des déchets mais aussi celui de l’eau et celui de l’énergie fatale. Elle ne se limite pas au recyclage mais intègre également l’éco-conception et l’économie sociale et solidaire. Enfin, elle ne concerne pas que les circuits courts mais peut être abordée à plus grande échelle.

Les enjeux environnementaux liés à l’économie circulaire sont nombreux : diminution des émissions de GES, réduction de la pression sur les ressources naturelles, dépollution, etc. Mais celle-ci intègre aussi des enjeux économiques. En effet les déchets constituent un  gisement de matière première locale qui permet d’être moins dépendant vis-à-vis d’autres pays. De plus, il devient de plus en plus intéressant d’exploiter ces ressources quand on sait qu’entre 2000 et 2013, le prix des matières premières a triplé de par une forte augmentation de la demande (mode de consommation, pouvoir d’achat, pays émergeants) couplée à une diminution du stock des ressources. Par ailleurs, elle permet de créer des emplois locaux (six fois plus qu’avec la méthode d’incinération). Une étude montre d’ailleurs que l’économie circulaire peut créer 1,5 millions d’emplois en Europe d’ici 2025. Enfin, l’économie circulaire permet aussi le développement du social en favorisant les circuits courts et donc les emplois locaux. Elle est également plus collaborative que l’économie traditionnelle et favorise donc les liens sociaux.

Cependant, pour pouvoir se développer correctement, l’économie circulaire doit intégrer un certain nombre de points. Tout d’abord, la quantité de matière issue du recyclage doit être suffisante pour permettre d’approvisionner les industries tout au long de l’année. La qualité de cette matière recyclée doit être de même niveau que celle de la matière première, et il en va de même pour la traçabilité. D’autre part, contrairement aux industries associées aux matières premières qui sont déjà en place depuis longtemps, les nouvelles technologies liées à la circularité de la matière ne bénéficient pas des réductions de coûts associées à l’expérience ni de rendement d’échelle. Il faut donc leur donner un coup de pouce lors de leur mise en place, par exemple grâce à des subventions. Cependant celles-ci ne devront pas durer sur le long terme sinon cela voudrait dire que cette solution n’est pas viable. De plus, pour permettre aux matières issues du recyclage d’être moins coûteuses et donc plus compétitives, il faut automatiser davantage le tri pour avoir plus de produits et une meilleure qualité. Enfin la marge de progression du secteur est très forte et il faut donc investir dans la Recherche et le Développement dans ce domaine.

4. Noël Mangin, Economiste expert en économie circulaire

Cet économiste présente une analyse de l’économie circulaire en termes de boucle de matière et de boucle d’énergie dans une approche systémique globale. Pour lui, la matière et les déchets ne doivent pas être vus comme des stocks mais tels des flux circulants. Cette analyse en termes de flux suppose que si on augmente la vitesse de circulation, on diminue la quantité de matière dont on a besoin (analogie avec la monnaie).

 Les déchets sont selon lui des ressources fatales dont il serait illogique de ne pas se servir.

Il met l’accent sur la distinction entre cycle de vie de la matière et cycle de vie du produit. Même si ce dernier est souvent court, le cycle de vie de la matière n’est pas fini et il doit être le plus long et le plus efficace possible. De plus, il est nécessaire de casser la dualité entre le monde industriel et les déchets. Les deux sont interdépendants et doivent former une synergie. Il prône l’internalisation des externalités négatives, notamment par le biais de la REP (Responsabilité Elargie du Producteur).

Les déchets ne peuvent pas couvrir tous les coûts liés à leur production car sinon on a intérêt à en produire le plus possible. La circularité de la matière n’est pas synonyme de création de richesse mais d’économie de richesse (diminution des pertes).

5. Jean François Gagné, IEA (International Energy Agency)

Il aborde le thème de la transition énergétique et explique son importance. L’impact du système énergétique sur le climat est conséquent. Il faut donc favoriser le développement de technologies à faible émission de GES ou qui permettent leur captation. Il faut donc mobiliser des investissements dans le domaine de l’efficacité énergétique et investir aujourd’hui pour des progrès sur le long terme.

Il est important de ne pas se baser sur les coûts et l’efficacité  des nouvelles technologies en l’état actuel car l’expérience et l’innovation vont permettre de réduire ces coûts et d’augmenter l’efficacité. Il donne l’exemple de CSC dans une usine au Canada où les installateurs ont dit qu’ils étaient déjà en mesure de réduire de 30% les coûts après cette première expérience.

Selon lui, la Chine va devenir le leader dans le domaine de l’innovation énergétique. Elle a déjà compris les enjeux et investit massivement en R&D.

6. Dominique Viel, Ministère des finances (chargée du développement durable)

Elle présente un graphique représentant l’évolution du prix des matières premières depuis les années 1900. Entre 1900 et 2000, les prix ont diminué de moitié car les nouvelles technologies ont permis de réduire les coûts liés à l’extraction. Depuis les années 2000, ces même prix ont triplé car les ressources sont de moins en moins abondantes alors que la demande ne cesse d’augmenter. Concernant le prix du pétrole, il a beaucoup chuté en 2014 du fait d’une baisse de la croissance et donc de la demande mondiale. Cette baisse du prix du pétrole a eu pour conséquence d’augmenter le nombre de ventes de voitures ainsi que la quantité de kilomètres parcourus par celles-ci, et elle s’accompagne également d’une forte diminution des investissements dans le secteur pétrolier.  Ce prix bas incite à la consommation du pétrole qui est pourtant une ressource polluante, et d’un autre coté, on ne peut souhaiter une augmentation de celui-ci dans le contexte actuel où les consommateurs font déjà face à une réduction de leur pouvoir d’achat (stagnation des salaires réels, endettement, crises). Etant donné que les investissements ont diminué dans le secteur, il y a fort à parier qu’à moyen terme, on fera face à une diminution de l’offre de pétrole et donc une augmentation des prix. Il faudra donc s’y préparer…

On est passé d’un modèle économique où le Capital (K) et le Travail (L) étaient les facteurs limitants alors que la Nature était abondante et accessible gratuitement à un modèle inverse. Aujourd’hui, le K est abondant comme le montre le rendement de celui-ci dont les taux sont de plus en plus faibles, le chômage rend compte du fait que le L n’est plus un facteur limitant. La nature par contre devient le nouveau facteur limitant car les ressources sont de plus en plus rares.

Ainsi, il faut reconstruire le modèle économique pour permettre de limiter les bulles financières, de remettre l’Homme au centre de l’économie et d’avoir une maintenance durable des ressources.

Des solutions peuvent venir des réponses locales (économie territoriale, économie circulaire) dont de bons exemples sont les mines durables et les monnaies complémentaires.

7. Denez L’Hotis, président de FNE (France Nature Environnement)

Un des freins de l’économie circulaire est la différence  entre les taux de recyclage de chaque pays mais aussi entre les départements français et surtout les DOM-TOM. Il y a également un problème de culture parmi les élus locaux dans les collectivités et agglomérations dont beaucoup ne connaissent même pas l’économie circulaire.

 Pour lui,  la priorité est de régler la question du gaspillage alimentaire qui représente une grande part des émissions de CO2 (si on pouvait le caractériser comme un pays, ce serait le 3ème plus gros pays émetteur de GES) et qui utilise 28% du foncier inutilement. Il faut parler du problème des déchets plastiques en mer qui forment des microparticules qui opacifient la surface des océans et empêchent le relargage de l’O2 et la séquestration du CO2, notamment en empêchant la prolifération des planctons.

8. Olivier Gaudeau, Trésorier de FEDEREC et acteur de l’INDRA (recyclage des voitures)

L’INDRA est le premier recycleur du secteur automobile en France avec  400 centres de véhicules usagers au niveau national et le groupe est donc détenteur de beaucoup de déchets. Concernant les voitures, il faut favoriser le réemploi avant le recyclage.

Le groupe a récemment créé le projet VALTEX  en partenariat avec Renault, la SNCF et une entreprise fabriquant des textiles professionnels. Le but du projet est de récupérer les matières textiles issues des voitures de l’INDRA et de Renault, des wagons  SNCF et des vêtements professionnels  pour les traiter et en faire un isolant acoustique pour les voitures Renault. Ce feutre acoustique coûte moins cher et est d’une qualité supérieure au feutre original. Ce produit est donc un franc succès et il est en cours d’éco-labellisation.

9. Michel Loubry, directeur régional de PlasticsEurope

En 2012, la France a produit 4,5 millions de tonnes (MT) de plastiques dont on estime que 3,5 ont été récupérés, le reste étant en circulation car la durée de vie des produits peut être longue. Sur ces 3,5 MT de plastiques récoltés,  60% ont été valorisés soit par recyclage, soit par incinération avec récupération d’énergie, et les 40% restant ont été mis en décharge. La France est le 10ème pays européen en matière de recyclage du plastique et beaucoup de progrès restent à faire même si on remarque une amélioration depuis 2009.

Un produit plastique en fin de vie peut être :

–          Réutilisé

–          Recyclé de manière mécanique

–          Recyclé de manière chimique

–          Valorisé en énergie

La France espère arriver à 0% de déchets plastiques mis en décharge entre 2025 et 2035. C’est déjà le cas dans certains pays comme la Suisse et les pays nordiques.

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