La légitimité des États dans l’action climatique est de plus en plus fragile… Il est temps pour les acteurs économiques et les territoires de prendre le relai !

A l’heure où s’est clôturée la COP23, il est dommage de constater que peu d’avancées ont été observées depuis la signature de l’Accord de Paris, deux ans auparavant. Face à l’urgence du changement climatique, ces négociations onusiennes sont apparues comme un processus très bureaucratique et certainement trop lent malgré la présidence dynamique et félicitée des Fidji.

Au lieu de mettre en œuvre leurs engagements annoncés en trombe à Paris en 2015, certains pays semblent s’observer depuis deux ans. D’autres semblent profiter du récent retrait des États-Unis de l’Accord de Paris pour justifier leur inaction. Le leadership chinois ou européen sur ces questions se fait désespérément attendre. Le financement du fond vert (100M€ par an promis aux pays en voie de développement en 2015) n’est toujours pas assuré. Du côté des principales annonces positives, on peut noter un plan d’action pour l’égalité des sexes (l’objectif de ce document est de sensibiliser les États à donner plus de places aux femmes dans les délégations d’experts, de négociateurs et de diplomates), un nouveau groupe de travail sur l’agriculture durable (un rapport sera présenté dans le cadre de la COP 26, en 2020) et la constitution d’un groupe de pays pour la sortie du charbon, dont la France fait partie, et qui a été lancée le 16 novembre par le Royaume-Uni et le Canada (les membres de cette « alliance » se sont engagés à éliminer progressivement leurs centrales au charbon). Ces avancées ne représentent pourtant que 2% de la consommation mondiale de charbon.

Face à ce bilan, il y a peu de chance que le prochain sommet, le One Planet Summit, organisé à Paris le 12 décembre prochain suffise aux dirigeants politiques pour rattraper tous les blocages observés à Bonn. Il faudra certainement encore attendre la COP24 de 2018 en Pologne. Mais il est difficile d’être enthousiaste tant ce pays n’est pas connu pour être moteur dans l’historique des négociations. En effet, la Pologne, qui reste très dépendant du charbon pour sa production d’électricité, a grandement participé à vider la réforme du marché carbone européen de sa substance. Ce pays, qui a signé récemment de gros contrats d’importation de gaz de schiste américain, avait aussi bloqué la ratification de l’amendement de Doha (Qatar) pensé pour permettre la mise en place d’actions avant 2020, date de l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris.

La dynamique observée à Marrakech perdure : la société civile prend le relai et doit accélérer

La dynamique observée depuis 2015 pose de plus en plus question de l’efficacité du processus onusien dans l’action climatique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux changements climatiques. Négociateurs, ministres et délégués du monde entier ont intérêt à rapidement inverser la tendance au risque d’apparaître de moins en moins pertinents à chaque conférence. Face à l’immobilisme des États, il semble que l’avenir commun de l’humanité soit conditionné au dynamisme des collectivités locales et des entreprises qui ont multiplié leurs initiatives positives depuis Paris.

Les entreprises semblent avoir bien compris que leur survie économique dépendra de leur capacité à répondre à l’urgence climatique. L’initiative des Science Based Targets (SBTi) permet à chaque grand groupe d’aligner sa stratégie sur une trajectoire compatible avec l’Accord de Paris.

Du côté des collectivités locales, il est légitime de s’interroger sur les moyens mis à disposition des territoires par les états nationaux. Le récent rétropédalage de l’État français sur le financement du dispositif TEPCV pose par exemple la question du manque criant de moyens pérennes et suffisants pour agir à l’échelle locale en France. La solution se trouve peut-être dans une pérennisation des financements en dehors d’un fonctionnement par appels à projet successifs et aléatoires.

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