Ce jeudi 16 mai sonne la journée des territoires. B&L évolution a décidé de mettre en lumière les résultats d’une étude du Baromètre des Territoires qui présente la vision qu’ont les Français de leur territoire. Métropoles et zones rurales, quand les fractures territoriales et sociales vont de pair…

barometreTerritoiresEn l’espace de 20 ans, la structure sociale et spatiale de la France s’est profondément modifiée. Les emplois sont de plus en plus concentrés dans le cœur des métropoles alors que le périurbain a capté une grande partie de l’habitat. Ces mutations ont créé de nouvelles fractures séparant aujourd’hui la France en 2 catégories : une partie qui a pu tirer de ces évolutions et une autre qui se sent mise à l’écart. Comment justifier ce sentiment de vivre dans une société inégalitaire ? Que faut-il attribuer aux facteurs économiques et sociaux ? Que faut-il attribuer à la géographie et à la présence de l’Etat dans nos territoires (aménagement du territoire, offre de services publics) ? Quelles conclusions en tirer sur la mise en oeuvre de la transition écologique ?

C’est avec un double regard, à la fois sociologique et territorial, que le Baromètre des Territoires a analysé la France d’aujourd’hui. Dans un document intitulé « La France en morceaux », il brosse un portrait des Français, détachant ainsi 4 grands types de trajectoires sociales. Quel attachement les Français ont-ils vis-à-vis de leur territoire ?

4 types de trajectoires sociales

L’aménagement, la qualité de la présence des services publics et la topographie socio-économique de nos territoires amortissent ou amplifient les fragilités individuelles, et modulent le regard que les Français portent sur la vitalité de l’endroit où ils vivent.  On distingue quatre groupes de Français qui se côtoient au sein même des territoires :

  • Français affranchis : ils sont 21% de la population à avoir peu d’attache territoriale. Ils ont les moyens socioculturels de surmonter les obstacles et de tirer parti des évolutions de notre société, telles que la numérisation, l’Union Européenne ou la mondialisation. La plupart réside dans des grandes agglomérations et dans des territoires très urbanisés et favorisés. Ils vivent plutôt en centre-ville, mais ont des emplois souvent éloignés.

  • Français enracinés : ils représentent 22% de la population à avoir fait le choix d’un enracinement dans leur territoire. Ils se déclarent heureux et sont satisfaits de leur équilibre de vie. Ils ont pour la plupart le sentiment d’avoir choisi leur vie. Ils vivent dans les territoires autour des villes moyennes, offrant des conditions de vie plutôt favorables, mais aussi dans des territoires isolés, peu urbanisés, hors de l’influence des grands pôles.

  • Français assignés : ils représentent 25% de la population à subir de plein fouet la crise du pouvoir d’achat, les inégalités sociales et territoriales. Les trois quarts estiment avoir une vie sociale réduite ou nulle. Ils se situent surtout dans les communes rurales, peu urbanisées et hors de l’influence des grands pôles, ainsi que dans des zones plutôt denses en situation peu favorable.

  • Français sur le fil : ils sont 32% de la population à vivre une forte tension entre leur aspiration à la mobilité sociale et territoriale et une difficulté à s’affranchir de leur situation socio-économique et des inégalités territoriales. La majorité d’entre eux ne se sent pas attachée à son territoire, et souhaite déménager pour une autre région. Cette envie de mobilité est contrainte par une situation économique personnelle plutôt précaire, en équilibre instable.Graphique7_BarometreTerritoiresGraphique8_BarometreTerritoires.jpg

Ces quatre groupes se distinguent notamment par leur sociologie et par leur rapport aux mobilités personnelle, professionnelle, sociale et géographique. Mais ces fractures territoriales et sociales séparent-elles vraiment les Français de manière irrémédiable ?

Des rapports multiples à la mobilité

Les rapports au territoire et aux mobilités sont multiples. Si plus d’un tiers des Français vit positivement une certaine mobilité professionnelle et géographique sur le territoire national, les deux tiers restants n’aspirent pas nécessairement à ce modèle de vie. Une grande partie a choisi de s’enraciner sur un territoire, et une autre partie se satisferait d’une meilleure qualité de vie matérielle et immatérielle, mais sans nécessairement passer par une mobilité accrue.

Les implications de ces deux résultats sont considérables pour les décideurs publics et les acteurs socio économiques présents sur les territoires. Les aspirations aux mobilités ne sont pas les mêmes pour tous les Français. Il apparaît donc indispensable de dépasser l’idée d’un modèle de développement unique sur un territoire, comme si la population y était homogène.

Quelles conclusions en tirer sur la mise en œuvre de la transition écologique ?

Les réponses à la transition écologique ne peuvent pas être les mêmes quels que soient les territoires. Au contraire, il nous faut trouver le foisonnement d’initiatives et d’aménagements, tous différents, tous contextualisés, qui s’adapteront le mieux aux usagers locaux.

La fracture décrite par ce baromètre nous montre deux choses. Premièrement, le développement humain basé sur un développement et une accumulation matériels ne profite pas à tout le monde et ce système montre depuis longtemps ses limites. Outre les dégâts environnementaux qui sont de plus en plus détaillés et visibles, ce modèle creuse les inégalités, génère du malaise social et déstabilise notre démocratie.

Deuxièmement, pour réussir, la transition écologique doit permettre d’offrir à tous les Français de nouvelles perspectives de sens et d’épanouissement. La sobriété énergétique nous impose de complètement revoir cette aspiration à la mobilité et à la consommation matérielle que notre société a érigée en quelques années comme le Graal absolu. Le local, l’engagement, le lien social, l’immatérialité et la spiritualité doivent devenir les principaux vecteurs de l’épanouissement des Français. Pour cela, les politiques publiques peu habituées à naviguer à travers ce champs des possibles doivent se réinventer.

C’est la seule condition qui peut nous permettre d’inclure le développement humain dans les limites de la biosphère.

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