Depuis quelques années, nous observons une disparition généralisée des insectes dans le monde. Une étude australienne vient confirmer ce fait, avec la conclusion qu’un tiers des espèces est en voie de disparition dans le monde. Qui est à l’origine de cette mort silencieuse des insectes ? Et comment réagir pour inverser la tendance ? Quelques pistes sont dévoilées ci-dessous.

D’ici 100 ans, on pourrait assister à un effondrement catastrophique de tous les écosystèmes naturels. C’est la conclusion tirée d’une étude disponible sur Science Direct et qui sera publiée en avril dans la revue scientifique Biological Conservation. Celle-ci révèle que plus de 40% des espèces d’insectes (abeilles, guêpes, frelons, scarabées, libellules…) dans le monde sont menacées d’extinction aujourd’hui et pourraient disparaitre dans les prochaines décennies. Ce taux est 8 fois supérieur à celui des autres espèces animales et 2 fois plus que les vertébrés.

Les auteurs, deux chercheurs australiens Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckuys, estiment que ce pourcentage est amené à augmenter de 1% chaque année jusqu’à la disparition totale des espèces d’insectes dans un siècle. Si ce déclin n’est pas enrayé, les écosystèmes de la planète pourraient en pâtir lourdement, une catastrophe majeure qui pourrait mettre en péril toute l’humanité. Mais quels sont les liens entre la biodiversité des insectes et nous ? et avec les autres espèces ?

Pas d’insectes, pas de cultures

Un tel déclin n’est pas sans conséquences car les insectes jouent un rôle majeur dans la réalisation de services écosystémiques vitaux pour l’humanité. Le principe de service écosystémique est de considérer que les écosystèmes, dans leur ensemble, fournissent à l’humanité des services et des biens indispensables. Et les insectes vont être un élément moteur, notamment car ils sont essentiels à la pollinisation des plantes. Si la pollinisation n’est pas assurée, de nombreuses plantes ne pourront plus se reproduire ce qui constitue un enjeu très fort pour la production agricole. Notamment car 70% des espèces végétales cultivées pour la consommation humaine dans le monde dépendent de la pollinisation des insectes. Et ce sont notamment les productions de fruits et légumes ou d’oléagineux qui en dépendent le plus. Donc, en altérant la pollinisation nous altérons aussi fortement la production de ressources alimentaires dans le monde entier.

La disparition d’autres espèces

D’autre part, la disparition des insectes aura une incidence majeure sur l’équilibre des écosystèmes en impactant le reste du monde animal. Les insectes font partie des premiers maillons de la chaîne alimentaire, en nombre conséquent, ils sont un « garde-manger » pour de nombreuses espèces. Par effet de cascade, leurs prédateurs directs seront ensuite concernés puis les prédateurs de ces prédateurs et ainsi de suite entrainant un déclin majeur de toute la biodiversité. Ils sont par exemple la principale nourriture des grenouilles, des oiseaux, des lézards, des chauves-souris ou encore des poissons, qui sont donc eux aussi menacés de disparition. C’est ce que l’on commence à voir en Europe avec la disparition de certains oiseaux. L’autre aspect de la pollinisation est qu’un grand nombre d’insectes tue les ravageurs donc si ces insectes disparaissent nous atteindrons un état dans lequel les nuisibles vont se propager. Une réaction en chaîne qui va rapidement s’accélérer.

Insectes en danger : la faute à qui ?

Changement climatique, espèces envahissantes, déforestation, urbanisation, agriculture intensive, produits insecticides… Les causes du déclin des insectes sont multiples mais le principal facteur reste la destruction de leurs habitats due à la transformation des terres naturelles pour l’urbanisation, la construction de voies de communication ou encore de l’agriculture intensive. La modification d’utilisation des sols est notamment impactante pour les pollinisateurs avec la perte des espaces floraux, des sites de nidification et d’hibernation. Et il en va de même avec la canalisation des cours d’eau et l’asséchement des zones humides.

L’agriculture intensive, en plus de détruire les habitats, est associée à la diffusion des produits phytosanitaires. Par exemple, l’utilisation généralisée des pesticides a eu un impact négatif sur la plupart des organismes, insectes, oiseaux ou chauves-souris pouvant même montrer une favorisation des espèces plus tolérantes aux composés chimiques. Encore une fois, ce sont les insectes pollinisateurs qui montrent une plus grande sensibilité à la diffusion de pesticides dans les milieux.

Que faire ?

Il faut donc repenser les pratiques agricoles actuelles, en réduisant par exemple l’usage des pesticides pour ralentir la tendance actuelle. L’utilisation massive des engrais cause également des problèmes de pollution des eaux et des sols, et met en péril la santé humaine. Des alternatives sont heureusement possibles, comme l’agriculture biologique ou l’agriculture raisonnée. Pour éviter de contaminer tout l’environnement, les pesticides devraient être utilisés uniquement pour stopper une invasion de nuisibles (et non en prévention). Dans les villes, il faut par exemple planter des arbustes et des haies pour plus de végétation.

Il faut aussi repenser la consommation de l’espace naturel et gérer les usages. Que ce soit en France ou dans le monde, l’urbanisation et l’artificialisation des sols progresse rapidement, s’étale et consomme donc des habitats naturels qui deviennent de plus en plus rares et confinés dans des espaces toujours plus restreints. Maîtriser l’urbanisation pour une meilleure sobriété de la consommation de l’espace est indispensable.

Cette revue met en évidence l’état épouvantable de la biodiversité des insectes dans le monde, près de la moitié des espèces étant en déclin rapide et un tiers menacé de disparition. Une autre cause, non mentionnée dans cette étude, est également à l’origine de la disparition des insectes : la pollution lumineuse, considérée comme menace grandissante. On estime que tous les insectes dans un périmètre de 200 mètres autour d’un point d’éclairage sont morts après deux ans d’allumage. Il est aussi nécessaire de travailler sur l’environnement nocturne.

Bien qu’indispensables, les insectes passent souvent en second plan dans les mesures de protection ou de communication liées à la biodiversité, à l’instar des grands mammifères. Il faudra un véritable changement de mentalités, à l’instar des mesures à prendre pour limiter le changement climatique à 1,5°C.

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