Le 26 septembre 2019 s’est ouverte la 9ème édition de la Semaine de la Finance Responsable, auparavant nommée Semaine de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Si le modèle économique actuel est largement présenté comme le principal moteur de la dégradation des écosystèmes et de la biodiversité, la finance est-elle capable d’être un levier d’action efficace ?

Qu’est-ce que la finance responsable ?

La finance responsable est une notion qui renvoie à plusieurs pratiques dont la plus importante est l’ISR, un type d’investissement visant à « concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quelque soit leur secteur d’activité » . Il s’agit de donner un sens éthique à ses placements tout en se garantissant une rentabilité financière et une bonne gestion des risques. Concrètement, quatre approches sont mises en avant et sont bien entendu complémentaires.

  1. La sélection positive consiste à investir dans des fonds « Best in class », c’est-à-dire regroupant des entreprises choisies sur des critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance. Lorsque les critères retenus sont environnementaux on parle alors de finance verte.
  2. Dans l’approche thématique, les fonds d’investissement sont focalisés sur certains secteurs d’activités ou certaines pratiques durables : les énergies renouvelables, l’agriculture biologique…
  3. L’exclusion consiste à bannir certaines entreprises des fonds en raison de leurs activités (énergies fossiles, tabac, alcool, huile de palme…) ou de leurs pratiques (déforestation…).
  4. Enfin, l’approche par l’engagement permet aux actionnaires d’orienter les politiques des entreprises vers des pratiques plus durables, notamment par un droit de vote en Assemblée Générale.

Comment investir de manière responsable ?

La finance responsable prend en compte les performances extra-financières des entreprises en matière de gouvernance, de politiques sociales et environnementales, en complément de l’analyse financière classique. Elle implique donc que les entreprises communiquent de manière transparente sur leurs pratiques. Pour les investisseurs, il s’agit d’une réelle opportunité puisque la performance et la longévité d’une entreprise reposent sur sa capacité à comprendre les enjeux actuels, à anticiper les évolutions et à gérer ses risques. Or, si les entreprises sont en grande partie responsable de l’érosion de la biodiversité, elles sont également les premières à faire face aux risques qui en découlent : pénuries de ressources, durcissement des réglementations, dégradation de l’image et de la réputation, baisse des financements…

Pour orienter leurs choix, deux labels sont à dispositions des investisseurs. Le Label ISR garanti que les entreprises constituant un fond sont choisies sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les fonds labellisés publient également la liste détaillée des entreprises choisies. Le Label Greenfin quant à lui, certifie des fonds uniquement sur des critères environnementaux. Ces fonds sont destinés à financer des activités entrant dans le champ de la transition énergétique et écologique. Les secteurs des combustibles fossiles et du nucléaire sont par exemple exclus de ces fonds.

Quels impacts de la finance responsable sur la biodiversité ?

Sur papier, la finance responsable répond à toutes les prérogatives du développement durable. Concernant la biodiversité, en revanche, sa capacité à produire des effets réels est plus incertaine pour le moment.

D’une part, il semble que la finance verte se focalise principalement sur les problématiques liées au climat. C’est un premier pas, mais le changement climatique n’est que l’un des cinq facteurs d’érosion de la biodiversité – biodiversité qui recouvre toute la vie sur Terre dont la vie humaine bien sûr ! Cela témoigne d’un manque de prise en compte des écosystèmes et de leur fonctionnement dans l’analyse et la vision des investisseurs. De leur côté, les entreprises sont donc challengées fortement sur le climat par les investisseurs et au contraire peu incitées à produire du reporting sur les enjeux, impacts et stratégies sur la biodiversité.

D’autre part, ce retard de mobilisation sur la biodiversité n’a pas fait émerger des méthodes d’analyse, de mesure ou de stratégie pour intégrer la biodiversité dans sa stratégie, son management et ses produits ; contrairement à ce qu’il s’est passé sur le sujet carbone ou énergie. Il est urgent de proposer des outils et tableaux de bord pour une meilleure appropriation du sujet et son intégration dans les décisions ; pour accompagner la prise de conscience naissante dans le monde économique.

Des premières initiatives voient le jour : des systèmes d’engagement ou de reconnaissances comme le dispositif « Entreprises Engagées pour la Nature » annoncée par le gouvernement pour la fin de l’année ou Act4Nature lancé en juillet 2018 ; des outils pour les investisseurs en cours de développement comme le Biodiversity Footprint for Financial Institutions et le Global Biodiversity Score ou encore la Commission de normalisation Biodiversité installée cette année à l’AFNOR qui travaille notamment sur des normes et lignes directrices pour une meilleure prise en compte de la biodiversité dans les organisations.

En pleine expansion et mutation, la finance responsable doit poursuivre ses efforts pour atteindre ses objectifs. Elle doit assumer et renforcer son rôle d’aiguillon pour favoriser la transition économique vers la soutenabilité, qui passera uniquement par une large prise en compte, et dans sa complexité, des interrelations entres les entreprises, les investisseurs et la biodiversité. L’année 2020, année de la biodiversité avec de nombreuses échéances nationales et internationales, doit marquer la détermination des acteurs économiques à s’en saisir !

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