Le 19 mai s’est tenue à la Mairie du XIème arrondissement de Paris la 9ème édition des Ateliers Co-Ecologiques sur l’épargne au service de la transition énergétique : la finance verte, un levier puissant et citoyen. L’atelier était centré autour de 4 collaborateurs : Philippe Zaouati (Président du groupe de travail et directeur général de Mirova) ; Dominique Dron (Membre du Conseil Général de l’Economie) ; Pierre Ducret (PDG de CDC Climat) ; Philippe Germa (DG de WWF). Nous proposons ici un résumé des échanges.

Partie 1 : Quel rôle la finance doit-elle jouer dans la transition énergétique ? Les besoins de financements relatifs à la transition énergétique relèvent-ils de la réallocation de moyens plutôt que d’une augmentation globale du volume des financements ?

Environ 90% des financements nécessaires correspondent à des réallocations de financements déjà existants et 10% de « nouvel argent ». Il y a donc un intérêt à rendre la transition énergétique plus attractive. Il y a un besoin de réorientation des investissements actuels. Cependant, plusieurs problèmes empêchent la transition énergétique d’être aussi attractive que d’autres secteurs : il y a le fait que la finance est un secteur qui a une logique de rendements à très court terme (sauf pour les fonds de pension, qui représentent la principale source d’épargne des ménages), et d’autant plus avec les nouvelles régulations en place, alors que l’écologie a besoin de financements à plus long terme. De même, la finance n’arrive déjà pas à financer l’économie au sens classique telle qu’elle est supposée le faire sans prendre en charge l’écologie, alors pour assurer ce rôle en intégrant la transition écologique, c’est une autre histoire…

Il faut donc changer de cadre : systématiser les critères extra-financiers, changer les logiques d’horizon, créer des actifs verts. Le problème avec les actifs verts est qu’ils viennent impacter de manière significative les rendements des investisseurs en les forçant à investir dans plus de petits projets, ce qui augmente leurs coûts de transaction. La réglementation vers l’introduction des actifs verts doit donc être graduelle pour que les investisseurs s’adaptent à ces rendements plus faibles progressivement.

La finance ne peut plus être neutre. S’il n’y a pas de régulation aujourd’hui, on sait qu’il y en aura forcément une demain (tout les acteurs étaient d’accord à Copenhague, et le risque climatique ne fait que s’accélérer). Le risque de régulation est donc une motivation pour que les investisseurs s’orientent vers la transition énergétique. Cependant cela n’est pas suffisant, et pour que les investissements soient vraiment efficaces, ils doivent être motivés non seulement par le risque mais aussi par une raison éthique et économique pour en booster les effets.

Il n’y a pas de raison de réaliser des levées de fonds de capitaux supplémentaires car il y a déjà de l’argent partout dans la finance. Il faut simplement substituer les flux au travers d’une désintermédiation (comme ce que préconise l’Union Européenne avec les Marchés de Capitaux Unifiés, bien que cette initiative ne comporte absolument aucune mention sur la transition énergétique).

Partie 2 : Un label « transition énergétique » peut-il être efficace ? Quelles conditions de mise en œuvre ? Quelles mesures d’accompagnement ?

Le label doit avant tout être international s’il veut avoir une chance d’être utile. Il doit avoir le soutien des pouvoirs publics pour le crédibiliser et il doit également mobiliser les investisseurs institutionnels. Malheureusement, il n’existe encore aucune incitation dans les lois pour créer des incitations à ce que les industriels se lancent dans le développement de projets écologiques. Les labels servent à « tirer vers le haut », à faire changer les mentalités, il ne faut pas s’attendre à une réussite à 100% mais au moins viser à une modification des façons de faire (Intervention dans la salle d’un des responsables de la création du label HQE).

Des ONG sont prêtes à être impliquées dans la définition de ce label pour aider à déterminer précisément quel projet ou quel actif est effectivement « vert », au-delà de ce que les industriels annoncent. Il y a un besoin d’aide extérieure à la communauté financière car ils n’arrivent déjà pas entre eux à définir le degré d’exigence nécessaire à la réalisation d’un tel projet, il y a une peur de réguler le cadre financier. Pourtant, changer le capitalisme passera par l’utilisation des outils du capitalisme, selon Mme Dron.

L’utilisation des fonds publics est indispensable. Ils doivent servir à créer un levier pour inciter les fonds privés à s’engager en « dérisquant » certains projets. Ils n’en enlèveront pas le risque complètement mais montreront qu’il est possible de s’engager sur tel ou tel investissement vert car ils assureront un dispositif de garanti. Or cela n’est pas naturel pour un fond public. Le levier n’est pas un de ces objectifs car le public ne se concentre que sur les résultats nets, pas sur les flux qu’un investissement va engendrer.

A mettre en cohérence avec les travaux du gouvernement sur un label ISR soutenu par les pouvoirs publics…

Par Nicolas Ganteille

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