« Nuits sans lumière » est un événement exemplaire et incontournable de l’île de la Réunion, où, chaque année en avril, une extinction de l’éclairage public est programmée sur un mois pour sensibiliser la population à la pollution lumineuse.

Sur l’île de la Réunion, riche en biodiversité, de nombreuses espèces ont un lien étroit avec l’obscurité et sont fortement impactées par la pollution lumineuse générée par l’éclairage public.

« Nuits sans lumière » est organisée par le Parc national de la Réunion, le conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement et la Société d’Etudes Ornithologiques de la Réunion (SEOR).

Nuits sans lumière : un mois d’extinction

Une opération qui dure depuis neuf ans et qui séduit de plus en plus de villes. Les municipalités s’engagent pour valoriser leur environnement nocturne, protéger la faune locale et faire de nombreuses économies d’énergie. Un mois d’extinction qui a aussi pour but de sensibiliser les acteurs et la population à la pollution lumineuse et à ses impacts.

Cette année, les villes se retrouveront dans le noir à partir du 12 avril 2017 pour se rallumer le 6 mai 2017, période durant laquelle de nombreuses animations se mettent en place pour attirer l’attention sur les effets néfastes de la lumière artificielle.

Un mois qui n’est pas choisi au hasard

À l’origine de cette extinction, la protection de la biodiversité de l’Île. Ce mois d’extinction n’a pas été choisi au hasard, plusieurs grands événements faunistiques annuels se déroulant ce mois d’avril. Ces événements nécessitent une attention particulière aux nuisances lumineuses :

  • Le mois d’avril est un moment clé pour les pétrels. Les pétrels noirs (Pseudobulweria atterima) et les pétrels de Barau (Pterodoma Baraui) sont les deux espèces endémiques de l’île qui sont aujourd’hui menacées. Nichant sur les falaises, les juvéniles sortent du nid en avril et prennent leur premier envol vers la mer. Ces jeunes encore inexpérimentés sont attirés et trompés par les lumières artificielles des villes, confondant les reflets de la lune sur l’eau avec nos points lumineux. On retrouve chaque année des milliers d’oiseaux qui s’échouent au sol dans les zones éclairées. Sur la terre ferme, les juvéniles sont incapables de redécoller et sont à la merci des prédateurs, périssent de déshydratation ou de collision.
  • C’est aussi la période de nidification des tortues marines. Les adultes refusent de pondre sur les plages directement éclairées car les jeunes sortent de l’œuf la nuit pour se protéger des prédateurs et se dirigent instinctivement vers les zones éclairées pour rejoindre la mer. Le reflet de la lune et des étoiles sur l’eau font de l’océan la zone naturellement la plus lumineuse. Si les plages sont éclairées alors les jeunes ne se dirigent plus vers la mer mais vers les terres et s’exposent à de nombreux dangers (prédateurs, routes passantes, zones arides).

Une occasion pour découvrir et faire des économies

Les habitants de l’île de la Réunion, comme le reste de la planète vivant en zones urbaines, ne peuvent plus profiter du ciel étoilé. La lumière artificielle la nuit est le principal ennemi des astronomes, créant un halo lumineux masquant les étoiles. Selon l’observatoire astronomique de Makes, les étoiles se situant jusqu’à 30° au-dessus de l’horizon sont désormais impossibles à observer à cause des halos lumineux. « Nuits sans lumière », c’est aussi l’opportunité de découvrir l’astronomie. De nombreux professionnels et amateurs mettent en place des observatoires itinérants pour faire découvrir leur passion aux habitants.

La lumière représente une consommation non négligeable d’énergie électrique. L’éclairage de l’île de la Réunion c’est :

  • 2,3% de la consommation annuelle de l’île ;
  • 80 000 points lumineux ;
  • 50 000 MWh/an ;
  • 100 tonnes d’équivalent CO2/nuits ;

(chiffres : SPL Energie Réunion)

19 des 25 communes ont participé et selon EDF, « Nuits sans lumière » a permis l’année dernière d’économiser 721 MWh par rapport à une période normale et d’éviter environ 2000 tonnes d’équivalent CO2. Voir notre article éclairage public et le changement climatique.

Sensibiliser, comprendre et partager

Les extinctions mises en place sont accompagnées de nombreuses animations dans les villes et villages qui participent à l’événement. L’occasion de se rassembler sous le ciel étoilé, pour découvrir l’astronomie ou partager un moment ensemble autour d’un repas, d’un groupe de jazz ou d’une animation pour les enfants. C’est l’occasion de (re)découvrir la beauté d’un ciel étoilé !

Des événements comme ceux-ci permettent de découvrir la pollution lumineuse, de sensibiliser les habitants aux impacts méconnus mais qui sont très forts sur la biodiversité et les écosystèmes, sur la santé et le bien-être mais aussi sur la vision des étoiles. Des gestes simples qui permettent de réduire les gaspillages et protéger la nature en ville ! Les territoires et les entreprises intègrent, quant à eux, de plus en plus la biodiversité dans leur stratégie.

De la sensibilisation aux solutions

Un événement similaire a lieu chaque année en France : Le Jour de la Nuit. En octobre, des centaines de villes françaises éteignent l’éclairage public durant une nuit. Des manifestations accompagnent aussi cette soirée pour faire découvrir la nature en ville, l’astronomie ou encore l’urbanisation sous un nouveau visage.

De nombreuses solutions sont possibles pour nos collectivités. Notre travail permet de maîtriser au mieux les flux de lumière et l’énergie pour faire de nombreuses économies, un environnement préservé, un meilleur confort visuel et profiter du ciel étoilé.

Voir nos études.

Et surtout, n’oubliez pas d’éteindre la lumière !

Informations supplémentaires : nuitssanslumière.re

PS : merci aux Petits Débrouillards (association qui organise de nombreuses activités à l’occasion des « nuits sans lumière ») pour l’ensemble des informations fournies.

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