Penser la décroissanceLe modèle productiviste est-il le seul possible ? La croissance verte est-elle une solution ?

Voilà deux questions auxquelles Yves Cochet, mathématicien et eurodéputé,  et Philippe Bihoux, ingénieur centralien, ont tenté de répondre lors du colloque « Penser la décroissance » organisé à Sciences Po le 28 mai dernier à l’occasion de la publication d’un nouveau livre écrit par la journaliste Agnès Sinai.

Dans un premier temps, Yves Cochet a présenté le concept de décroissance  grâce à la comparaison de trois modèles du monde qui s’affrontent :

  •  Le modèle productiviste est le modèle dominant malgré les critiques régulières qui lui sont adressées. Bien que la croissance ne soit jamais vraiment revenue depuis la crise de 2008, on continue à croire en son retour imminent.
  • D’après le modèle augustinien, le monde, comme tout être vivant, naît, grandit, et meurt, en raison des ressources limitées sur Terre.  Dès lors, la croissance continue n’existe pas, mais est toujours  suivie d’une phase de décroissance.
  •  Le modèle discontinuiste, quant à lui, considère que les « catastrophes » inondent le monde, le mot « catastrophe » étant employé dans le sens d’une rupture, d’une bifurcation, d’un seuil critique qui mènerait à l’effondrement.

Dans un second temps, Philippe Bihoux a montré les limites de la croissance verte. Le problème vient du fait que les énergies renouvelables contiennent des métaux, notamment des métaux rares. Or, l’exploitation de ces métaux n’est pas facile et nécessite une grande quantité d’énergie, d’où un paradoxe majeur : les énergies renouvelables censées produire de l’énergie proprement, nécessitent elles-mêmes beaucoup d’énergie pour être fonctionnelles.
Ainsi, le problème de la croissance verte, c’est que c’est du high tech, et plus c’est high tech, plus on consomme de l’énergie.
L’ingénieur a également abordé le problème du recyclage des métaux, et notamment des alliages, qui ne permettent pas de tout récupérer. Le recyclage est donc un moindre mal, mais ne permettra pas d’assurer à long terme une croissance verte.
La solution viendrait alors de la conception de produits plus simples et plus faciles à réparer, et du choix d’enlever certains composés qui contiennent des métaux (journaux en couleur, rouge à lèvre, etc). Comme l’a si clairement dit Philippe Bihoux, « puisque le high tech ne marche pas, il faut faire du low tech ».

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