La transition énergétique, qui fait l’objet d’un débat national depuis jeudi dernier, est un sujet qui s’étend bien au-delà de la future répartition de notre mix énergétique. L’avenir économique, social et, dans une moindre mesure, écologique, découle également des axes stratégiques qui vont être définis lors de ce Conseil National.

Avant tout il est important de rappeler que notre consommation effrénée d’énergie fossile est incompatible avec un climat stable et hospitalier. Les deux options qui s’offrent à nous sont « simples », réduire les consommations et remplacer autant que possible les combustibles fossiles par des solutions décarbonées. Derrière les économies d’énergie plusieurs secteurs vont être concernés. Tout d’abord il y a un enjeu social, en réduisant la facture énergétique des ménages on libère une partie de leur pouvoir d’achat et on anticipe une future hausse du prix de l’énergie. Il y a ensuite un volet économique, en effet les travaux à réaliser vont stimuler plusieurs secteurs d’activité et ainsi dynamiser l’économie nationale. Enfin il ne faut pas négliger la limitation de notre impact sur l’environnement que cela va permettre, bien que ce ne soit qu’à une échelle nationale.

Afin de donner un ordre de grandeur à la création d’emplois, Alain Grandjean (président du comité d’experts du débat national) déclare que « chaque mégawatt de solaire photovoltaïque installé permet de créer 9 emplois, en grande majorité non délocalisables. Un MW équivaut à 3,3 emplois nouveaux dans l’éolien et à seulement 1 dans le nucléaire. Grâce à la transition énergétique, l’Allemagne a créé plus de 400 000 emplois rien que dans l’énergie verte et en a «uniquement» détruit 40 000. Le potentiel de travail non délocalisable est aussi immense dans la rénovation thermique des logements. » Bien évidemment le but n’est pas d’idéaliser les allemands au sujet de leurs choix énergétiques, ni de se passer du nucléaire, ce qui serait particulièrement difficile en respectant les objectifs cités ci-dessus. Cet ordre de grandeur nous permet simplement d’apprécier le potentiel de création d’emplois.

Le chiffrage d’un tel chantier représente des sommes importantes, on parle de 10 à 15 milliard par an pour la rénovation du bâti et de 2 à 6 milliards pour l’investissement dans les énergies renouvelables. Cependant il faut mesurer l’impact de tels investissements ; cet argent dynamisera notre économie et réduira notre vulnérabilité à la fluctuation des prix des ressources fossiles. Il faut aussi se souvenir que l’énergie fossile, particulièrement le pétrole, est soumis à une hausse de la demande des pays à fortes croissances alors que paradoxalement nous sommes en plein pic de production mondiale. Certains champs pétroliers de nos voisins européens, notamment en mer du Nord, ont déjà commencé le déclin de leur production. Nous allons donc rapidement assister à une tension géopolitique grandissante entre les pays producteurs d’une ressource en raréfaction, et la demande croissante de pays très fortement dépendants à cette même ressource.

Nous allons également devoir accepter que la part de l’énergie dans notre budget augmente inévitablement . Il serait peut être même souhaitable de s’y préparer en instaurant une taxe carbone afin de faire évoluer nos modes de consommations, de réduire nos émissions de GES et de nous protéger face aux futurs chocs pétroliers. L’argent d’une taxe pourrait être réinvestit au niveau national tandis que si nous ne réduisons pas notre dépendance à ces ressources, la hausse du prix profitera uniquement aux producteurs.

Au-delà des choix idéologiques en matière de mix énergétique, il faut bien comprendre que, des décisions stratégiques qui vont émerger de ce débat, dépendent notre sécurité économique et écologique.

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