Avec un effondrement de la biodiversité à un rythme alarmant (entre 1970 et 2020, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies a diminué de 73 %) et des attentes croissantes des parties prenantes sur les enjeux liés à la nature, une analyse robuste et une intégration de ces derniers dans les stratégies deviennent des enjeux prioritaires pour les acteurs financiers. La Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) propose une approche structurée pour gérer ces risques, avec un cadre de reporting et le processus LEAP au cœur de son approche. Lors de la COP16 en octobre 2024 à Cali, la TNFD a annoncé que plus de 502 organisations dans le monde se sont déjà engagées à adopter une gestion des risques liés à la nature et des rapports d’entreprises alignés sur son cadre méthodologique.

Qu’est-ce que la TNFD ?

La Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) a été créée en 2020 en réponse à la prise de conscience mondiale croissante du rôle essentiel de la biodiversité et des écosystèmes dans la stabilité économique et financière. Inspirée par le succès de la Taskforce on Climate-related Financial Disclosures (TCFD), la TNFD a été initiée par une coalition d’acteurs issus du secteur financier, d’entreprises, de gouvernements, et d’organisations internationales, afin de développer un cadre de référence pour la gestion des risques et opportunités liés à la nature.

Depuis son lancement, la TNFD a évolué pour inclure un cadre de divulgation structuré autour de la méthodologie LEAP (Localiser, Évaluer, Analyser, Préparer), qui guide les institutions dans l’intégration des enjeux liés à la nature au cœur de leurs processus décisionnels. Le développement de la TNFD a été marqué par une co-construction continue avec les parties prenantes, conduisant à l’élaboration de guidances additionnelles spécifiques aux secteurs financiers et économiques.

La TNFD s’impose aujourd’hui comme un cadre de référence à l’échelle internationale, en particulier en Europe et en Asie, où elle s’aligne avec d’autres normes et cadres essentiels tels que la TCFD, le GRI, la CSRD, le CDP et l’ISSB. Cette interopérabilité avec les standards existants renforce son attrait pour les acteurs financiers et sa position comme outil clé pour la gestion des risques naturels et la promotion de la durabilité.

Comprendre le processus LEAP de la TNFD

Le processus LEAP (Localiser, Évaluer, Analyser, Préparer) est au cœur de l’approche de la TNFD pour identifier et gérer ses risques et opportunités liés à la nature. Pour les acteurs financiers, cela peut signifier appliquer cette méthodologie à un ou l’ensemble de ses portefeuilles. Avant d’entamer  l’analyse LEAP,  la TNFD recommande d’identifier en amont les enjeux potentiels de l’entreprise ou du portefeuille ainsi que les moyens associés à la mise en œuvre de la démarche.

  1. Localiser les activités du portefeuille :

La première étape vise à mieux comprendre le sujet en identifiant les secteurs d’activité présents dans le portefeuille d’investissement, de crédit ou d’assurance et leur localisation. L’objectif est de repérer ceux qui ont un fort impact sur la biodiversité (ex : construction, agriculture, chimie…) ou qui dépendent fortement des services fournis par la nature (ex : approvisionnement en eau, protection contre les catastrophes naturelles, pollinisation, etc).

Ensuite, il s’agit de cartographier la répartition géographique des investissements pour voir s’ils se trouvent dans des zones sensibles (ex. réserves naturelles, zones clés pour la biodiversité, régions fortement soumises à des risques climatiques, etc).

Grâce à cette double analyse (sectorielle et géographique), il devient possible de prioriser les activités sur lesquelles réaliser des analyses plus approfondies, en se concentrant sur celles étant à priori les plus impactantes ou vulnérables.

  1. Évaluer les impacts et les dépendances :

Dans cette seconde phase, il s’agit d’évaluer plus en détail les impacts et les dépendances par rapport à l’analyse préliminaire réalisée précédemment. Cela implique d’identifier les dépendances et les impacts sur la nature à travers la chaîne de valeur des entreprises en portefeuille. Cette étape peut s’effectuer à l’aide d’outils qualitatifs (ENCORE, Matrice SBTN, …) et/ou quantitatifs (empreinte matière, GBS, CBF, ACV, suivi d’indicateurs de pressions…). Les questionnaires ESG soumis aux participations peuvent également constituer une source de données et d’informations pour évaluer ces impacts et dépendances.

Les impacts matériels des portefeuilles des institutions financières doivent être identifiés en conclusion de cette seconde phase du LEAP.        

  1. Analyser les risques et opportunités :

A partir des impacts et dépendances matériels identifiés, les institutions financières doivent évaluer l’exposition de leurs portefeuilles à des risques :

  • physiques, liés à la disruption des services écosystémiques rendus par la nature (ex. raréfaction de l’eau, baisse de la fertilité des sols).
  • de transition, liés aux évolutions des attentes des parties prenantes, technologiques, réglementaires, aux changements de marché, aux décisions politiques ou aux enjeux de responsabilité.

Les actions de gestion et d’atténuation de ces risques seront ensuite considérées afin d’évaluer la maturité du portefeuille. Cette double évaluation permet de hiérarchiser les risques et de déterminer les domaines nécessitant des stratégies de gestion des risques plus rigoureuses.

Pour aller plus loin, des analyses peuvent également être menées selon différents scénarios. L’appréciation des risques liés à la nature convient également d’être mise en cohérence avec les cadres de gestion des risques existants et, idéalement, y être intégrée En parallèle, les opportunités relatives à l’intégration de la nature dans son modèle d’affaires doivent également être identifiées et priorisées.

  1. Préparer et divulguer :

La dernière étape consiste à se préparer aux opportunités et risques liés à la nature identifiés en mettant en place des structures de gouvernance appropriées, en développant une stratégie et des objectifs liés à la nature et en divulguant les informations et indicateurs pertinents.

Les institutions financières peuvent ainsi aligner leurs divulgations sur les indicateurs recommandés par la TNFD, en assurant une transparence dans la manière dont elles gèrent les impacts, dépendances, risques et opportunités matériels. Cela inclut la publication régulière des progrès réalisés vers les objectifs environnementaux, comme la réduction des impacts négatifs sur la biodiversité ou le développement de fonds de transition.

Le processus LEAP permet de structurer ses étapes d’analyses sur les enjeux liés à la nature. Les institutions financières peuvent l’utiliser pour initier une démarche nature, pour renforcer des analyses existantes ou encore de manière itérative selon les données disponibles et l’évolution de la maturité des sujets afin de piloter les enjeux et plans d’action.

Communiquer sur sa démarche avec un reporting TNFD

Le cadre TNFD met l’accent sur l’importance de la transparence à travers des divulgations régulières et pertinentes. Les recommandations de reporting se structurent en 4 piliers :

  • Gouvernance : décrire la supervision du conseil d’administration et le rôle de la direction dans la gestion des risques liés à la nature.
  • Stratégie : expliquer comment les risques liés à la nature affectent le modèle économique, la stratégie et la planification financière de l’institution.
  • Gestion des risques : détailler les processus utilisés pour identifier, évaluer et gérer les risques liés à la nature, y compris l’intégration de ces risques dans les catégories traditionnelles de gestion des risques financiers (risque de crédit, risque de marché…).
  • Indicateurs et objectifs : divulguer les indicateurs utilisés pour évaluer les impacts, dépendances, risques et opportunités liés à la nature, ainsi que les progrès réalisés par rapport aux objectifs fixés.

Aligner ses pratiques de reporting sur le cadre de la TNFD offre aux institution financières plusieurs avantages :

  • Structurer son reporting selon un cadre international reconnu, tout en gardant une cohérence avec d’autres cadres de divulgation réglementaire comme la CSRD.
  • Renforcer la crédibilité en matière de durabilité, développer sa communication sur les enjeux environnementaux et renforcer la confiance des parties prenantes.
  • Assurer la résilience des portefeuilles grâce à une gestion efficace et pragmatique des risques environnementaux et une anticipation des évolutions réglementaires.

 

En conclusion, l’adoption du cadre TNFD et la mise en œuvre d’un reporting aligné sur ses principes permettent aux institutions financières de se positionner favorablement dans un paysage économique de plus en plus tourné vers la durabilité, tout en assurant leur propre résilience et en contribuant à la protection des écosystèmes naturels.

BL évolution, précurseur sur la TNFD, vous accompagne

Chez BL évolution, nous sommes convaincus que les acteurs financiers ont un rôle clé à jouer dans la résolution des défis environnementaux, sociaux et économiques auxquels fait face notre société moderne. Nous accompagnons ainsi l’ensemble des acteurs financiers dans l’intégration de leurs enjeux climat, biodiversité et RSE au cœur de leur activité : appui dans la réponse aux demandes réglementaires et reporting ESG, empreinte climat et biodiversité des portefeuilles et des activités corporate, stratégie nature, définition de KPIs environnementaux et plan d’action, appui au développement de produits financiers durables…

Si vous souhaitez vous faire accompagner ou avez des questions sur l’intégration de vos enjeux environnementaux, n’hésitez pas à nous contacter. Nos expertes et experts seront ravis d’échanger avec vous !

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