En 2024, le cadre législatif européen a renforcé l’obligation de reporting en matière de développement durable, avec l’entrée en vigueur de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), remplaçant la NFRD (Non-Financial Reporting Directive). Cette nouvelle exigence a constitué un tournant en matière de stratégie RSE pour de nombreuses entreprises qui ont vu le sujet prendre de facto une place plus importante dans leurs projets.
Si cette directive a d’abord très largement élargi le champ d’obligation d’un reporting extra-financier en ciblant plus de 50 000 entreprises européennes sur l’exercice 2025, le récent vote au Parlement Européen a semé le doute et affecté la dynamique en cours pour de nombreuses entreprises qui se préparaient à cet exercice. En effet, les députés européens viennent d’approuver la proposition de la Commission Européenne de reporter l’obligation de publication de 2 ans : les entreprises qui devaient dévoiler leurs pratiques RSE en 2026 sur l’exercice 2025 seront en définitive soumises en 2028 sur l’exercice 2027. Ce vote va être suivi d’une période durant laquelle les obligations actuelles de reporting vont être revues avec un objectif de simplification et diminution d’informations à fournir. Aujourd’hui, toutes les entreprises de plus de 250 salariés qui devaient produire un rapport en 2026 sont donc dans l’attente des annonces sur les nouvelles obligations.
Faut-il pour autant stopper les actions en cours pour intégrer la RSE à sa stratégie et gouvernance d’entreprise ?
Non bien entendu. D’abord un grand nombre d’entreprises avait anticipé le reporting en travaillant depuis quelques mois sur leur analyse de double matérialité qui permet d’identifier leurs principaux enjeux RSE sous un prisme business mais aussi d’impact sur l’environnement et la société. Cet exercice s’est révélé extrêmement utile pour faire émerger des sujets jusque-là peu abordés par certaines organisations (biodiversité, adaptation au changement climatique, gestion de l’eau, pollution, droits humains ou impacts sur les communautés affectées, pour ne citer que quelques exemples), mais qui auraient tôt ou tard impacté la stratégie et la capacité de résilience de l’entreprise. Ce travail doit être pleinement exploité sans attendre.
Pourquoi structurer une stratégie RSE ?
Dans un contexte politique, économique, social et environnemental extrêmement mouvant et incertain, il devient incontournable d’analyser les dépendances (ex : approvisionnement en matières premières), les risques (ex : réputation, non maîtrise des coûts), les opportunités (ex : nouveaux marchés, innovation) et les impacts ESG liés à sa chaîne de valeur. Une gestion proactive de ces enjeux offre une meilleure anticipation des évolutions du marché et permet d’orienter sa stratégie en fonction de l’évolution de son écosystème et des risques réels (économiques et sociaux) liés notamment aux aléas du changement climatique et à l’érosion de la biodiversité.
Car les entreprises font face à une pression croissante de la part de leurs parties prenantes, en particulier des donneurs d’ordres et des investisseurs.
- Les premiers, dans leur recherche de partenaires responsables, intègrent depuis plusieurs années des critères RSE dans leurs décisions d’achat. Ils exigent une gestion rigoureuse des impacts sociaux et environnementaux des entreprises avec lesquelles ils collaborent. Ces critères seront d’ailleurs bientôt alignés avec les normes volontaires de la CSRD (VSME).
- De leur côté, les investisseurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, cherchent à orienter leurs capitaux dans des entreprises résilientes, capables de répondre aux défis liés au changement climatique, à l’érosion de la biodiversité ou aux enjeux sociaux. L’intégration d’une stratégie RSE est perçue comme un gage de gestion prudente des risques et des opportunités, mais aussi comme une assurance face aux enjeux réputationnels.
Structurer sa stratégie RSE, c’est donc avant tout une manière de renforcer la compétitivité et la résilience de l’entreprise.
Les étapes pour structurer une stratégie RSE
La mise en place d’une stratégie RSE nécessite une approche méthodique et structurée. BL évolution, cabinet de conseil en transition écologique accompagne les entreprises à travers les étapes suivantes :
- Identifier ses principaux enjeux RSE notamment en décryptant sa chaîne de valeur et son modèle d’affaires, de l’approvisionnement à la distribution. Cette analyse permet d’identifier les zones d’impacts, de risques et d’opportunités majeurs de l’entreprise.
- Prioriser ces enjeux en fonction du contexte sectoriel, des enjeux business, mais aussi en consultant ses parties prenantes internes et externes (salariés, clients, fournisseurs, ONG, collectivités, etc.) pour comprendre leurs attentes et leurs besoins (la double matérialité, proposée par la CSRD, est un outil structurant pour cela).
- Définir ou challenger ses grands axes d’engagements RSE : en fonction des résultats de l’analyse, il convient de définir ou de réévaluer les grands engagements de sa stratégie RSE. Ces engagements doivent être alignés avec les priorités stratégiques de l’entreprise tout en répondant aux attentes des parties prenantes. Ils doivent clairement présenter le niveau d’ambition de l’entreprise.
- Nourrir son plan d’action, se fixer des objectifs ambitieux et structurer sa gouvernance : un plan d’action détaillé, avec des objectifs mesurables et un calendrier précis, est essentiel pour traduire la stratégie en actions concrètes. Cela inclut par exemple la définition de trajectoires de décarbonation, des initiatives en faveur de la biodiversité et des objectifs en matière de gouvernance responsable (achats responsables, éthique des pratiques, etc.).
Et pour les entreprises qui veulent aller plus loin dans la maîtrise de leurs risques, nous conseillons également de définir un plan de vigilance et de réaliser une analyse de risques (nature, sociaux et de gouvernance).
L’ensemble doit bien entendu être piloté de façon régulière et challengé au plus haut niveau de la direction et du conseil d’administration.
- Communiquer sur sa stratégie RSE, ses actions, ses résultats, pour se mettre dans une posture de transparence et de comparabilité avec ses pairs.
Et donc, quel cadre utiliser pour reporter sur sa stratégie RSE si l’entreprise n’est pas soumise à la CSRD à court terme ?
Un autre cadre existe pour les entreprises qui souhaitent produire dès maintenant un rapport de façon volontaire et de façon moins détaillée que la CSRD, tout en répondant à l’objectif de transparence et de comparabilité.
En effet, les normes volontaires de la CSRD (VSME, Voluntary Sustainability Measurement and Evaluation) constituent un premier cadre utile pour les entreprises qui souhaitent s’engager dans une démarche de reporting volontaire.
Le cadre de la VSME propose 2 modules :
- Un module basique qui intègre 11 exigences de publication : pratiques, politiques et initiatives liées aux grandes thématiques environnementales (émissions de GES, pollution, biodiversité, eau et ressources) et sociales (uniquement sur les salariés de l’entreprise) et informations sur d’éventuelles condamnations liées à des cas de corruption.
- Un module complet qui propose 20 exigences de publication : les 11 du module basique, mais aussi une description du modèle d’affaires, le plan de réduction des émissions, des indicateurs complémentaires sur les salariés, des informations sur des incidents liés aux droits humains ou encore les ratios de diversité dans les organes de gouvernance.
Dans tous les cas, certaines informations sont à publier uniquement si elles sont applicables à l’entreprise. Ce cadre permet de s’adapter au degré de maturité des entreprises sur les questions ESG mais également aux attentes de leurs parties prenantes en la matière. Une analyse réalisée par l’EFRAG (le groupe consultatif européen sur l’élaboration des normes comptables) montre que les investissements réalisés pour établir un rapport sur la base de la VSME sont rentabilisés en 2 ans grâce à la réduction des taux d’emprunt (confiance des partenaires bancaires) et de l’augmentation des ventes auprès des grandes entreprises (confiance des partenaires commerciaux).
La VSME permet donc aux entreprises de structurer leur communication externe tout en garantissant la comparabilité avec leurs concurrents. Cela constitue un véritable atout pour les entreprises qui souhaitent organiser leur gouvernance ESG, construire des relations de confiance durables avec leurs parties prenantes internes et externes, et démontrer leur engagement concret en matière de durabilité.